Aller au menuAller au contenu

IVG

Faut-il inscrire "la liberté de recourir à l'avortement" dans la constitution ? Réaction de Mgr d'Ornellas après l'annonce faite par Emmanuel Macron.

Le président français Emmanuel Macron a annoncé ce dimanche 29 octobre sur les réseaux sociaux vouloir présenter un projet de loi d’ici la fin de l’année pour inscrire « la liberté de recourir à l’avortement » dans la Constitution. Afin de faire aboutir cette révision constitutionnelle, le chef de l’État a choisi la voie du Congrès de Versailles pour faire adopter ce texte à l’issue d’un vote à une majorité des trois cinquièmes des deux chambres, plutôt que celle du référendum. Contacté par Vatican news - Radio Vatican, Mgr Pierre d’Ornellas, responsable du groupe de travail sur la bioéthique de la Conférence des évêques de France, regrette autant la méthodologie choisie, qu’il ne s’inquiète de l’inscription de cette liberté dans la loi fondamentale du pays. EXTRAITS.

Je pense que ni l'un ni l'autre [ndlr, Congrès de Versailles ou référendum] ne serait la bonne manière de faire, parce que c'est un sujet trop sérieux, trop grave et qui mérite beaucoup de réflexion et d’humilité pour pouvoir discerner quel serait le mieux dans un cadre législatif, et d’autant plus si on choisit le cadre constitutionnel. Cela mérite une grande prudence. Quelle est la méthode qui donnerait le plus de prudence et le plus de capacité de réfléchir, d'écouter, de discerner, de débattre ? Je ne sais pas si c'est le référendum, ni si c'est le Congrès [du Parlement] à Versailles. Dans tous les cas, cela ne peut pas se faire à la légère et à la rapide. (...) Toute la société devrait s'engager au sujet de ce que Simone Veil appelle « un drame et qui restera toujours un drame ».

Est-ce que vous jugez problématique ou inapproprié le fait d'inscrire un sujet de société dans la Constitution ?

Bien sûr, (...) Au lieu de servir la vie de la société et son débat, elle (=la constitution) devient un instrument pour clore le débat ! Peut-être que dans le fond, c'est parce que l'IVG est un débat extrêmement difficile qu'on n'arrive pas à avoir parce qu’on ne sait pas par quel bout le prendre, qu'on s’en débarrasse en dogmatisant un principe dans la Constitution: l’IVG est un droit, fermer le ban ! Comme si on faisait du simplisme, au lieu de conserver la complexité du réel, et donc la nécessaire complexité de ce débat en en protégeant la tenue dans le dialogue avec ses points de vue contradictoires. De fait, on n'arrive pas à mener ce débat en France, parce qu'on le mène uniquement à partir d’une seule idée qu’est la vie privée de la femme et son autonomie. Pourtant, le réel est autre. Des études précises montrent que souvent ce sont des déterminismes sociaux qui provoquent à l’avortement, par exemple la pauvreté. Ces déterminismes sont en quelque sorte des contraintes, parfois non reconnues. La problématique de l’avortement concerne la société tout entière, les mineurs et les majeurs, avec parfois des situations complexes et très douloureuses. Comment se fait-il qu’en France, le nombre d’avortements augmente alors que dans les autres pays européens, le nombre a tendance à diminuer ? Certains pays voient diminuer ce nombre par une prévention sociale déterminée sans aucunement restreindre les conditions d’accès à l’IVG. Nous sommes bien en face d’une vraie question de société ! C'est comme si on ne savait pas par quel bout la prendre, et du coup, pour ne pas en discuter, en débattre, on la met dans la Constitution. Cela apparaît comme un aveu de faiblesse sur notre capacité à débattre sereinement au sujet de l'IVG.

Au point où nous en sommes, comment faire revivre ce débat auquel les autorités renoncent selon vous ?

Puisqu’il s'agit d'un acte juridique dans la Constitution, il faut que des juristes s'expriment, car il y a des contradictions dans le droit. Par exemple, l'article seize de notre code civil dit que la loi garantit le respect de l'être humain dès le commencement de sa vie. Ça, c'est le principe « organisateur » et du coup l'IVG devient une exception, ce que pensait d’ailleurs Simone Veil. Mais qu'est ce qui se passe quand l'IVG est inscrit dans la Constitution et devient comme un principe ? Cela voudrait-il dire que le droit à la vie devient une exception ?  Donc il faut que les juristes travaillent et s'expriment.

Deuxièmement, il me semble les personnes sur le terrain pourraient s'exprimer, notamment des personnes qui accompagnent [l’IVG] d'une manière médicale, comme les soignants, mais aussi des psychologues ou des psychiatres.

Enfin, les autorités religieuses, avec leur tradition de sagesse toujours pensée sur la base de l’expérience et pour le bien des personnes, de leurs relations et de leur liberté, pourraient s'exprimer de différentes manières selon leur religion, pour dire à quel point c’est essentiel dans une société d’être une société de la vie. Une société où la culture de la vie avance, où on est dans la protection du plus fragile, du plus petit. Une société où on est dans l'accompagnement et non pas une société qui règle un problème difficile par un droit dans la Constitution. Quel est donc l’avenir d’une société où 1/5ème des grossesses s’achèvent avec l’avortement ?

Source : Vatican News - Entretien réalisé par Marie Duhamel

A savoir :

Notre diocèse propose, chaque année, une veillée de prière pour la vie. La prochaine aura lieu le 1er décembre.